POUR EN FINIR AVEC … LE « BIEN-ÊTRE » !


Comme je l’ai déjà écrit sur ce site, je passe pas mal d’heures par semaines à prendre des cours auprès d’un personnage hors du commun parmi les professeurs d’arts martiaux.
Brice Amiot, enseignant et fondateur de l’école WUDE, nourrit ses élèves non seulement d’une pratique martiale sensée et engagée mais aussi de réflexions et d’enseignements théoriques.

Ainsi a-t’il l’intention d’aider ses élèves à développer leur physique, leur mental et leur esprit.

Il y a quelques temps il a écrit un texte qui me parle.
Et comme à son habitude, le texte rue un peu dans les conventions, ici dans celles du « bien-être ».
Il me plaît ce texte et je pourrais tout aussi bien en assumer les propos, bien que ne possédant pas les connaissances et les compétences qui m’auraient permis de l’écrire.

Comme je ne me décide pas à créer un compte Facebook ni même à générer des liens y conduisant, j’ai copié/collé les propos de Brice Amiot que je met en avant ci-dessous.
J’espère qu’il ne m’en voudra pas.
Vous pouvez cependant découvrir cet enseignant et son école en vous rendant sur son site, en suivant ce lien : École WUDE.

POUR EN FINIR AVEC … LE « BIEN-ÊTRE » !

En France, le « bien-être » est un terme fourre-tout à la mode dont on se sert pour vendre du loisir ou du soin et tout ce qui peut tourner autour. L’étiquette « bien-être » est un formidable appât ! Alimentation, cosmétique, parapharmacie, musique, littérature, pratiques en tous genres … Nombreux sont les domaines proposant une gamme spécifique de produits ou de disciplines qui, si on en croit finalement l’argument de vente, vont nous permettre de nous sentir mieux.
Vu l’engouement considérable pour tout ce qui prétend se préoccuper de notre « bien-être », devons-nous en déduire que, d’une manière générale, nous ne nous sentons pas bien ? En tous cas, cela traduit qu’il y a des choses à améliorer. Mais n’est-ce pas là l’objectif d’une vie ? Améliorer ce qui constitue notre existence afin de nous sentir bien, afin d’éprouver le bonheur, la santé, la liberté, la paix et la sérénité à chaque instant ? N’est-ce pas cette quête qui guide nos choix et nos actes ? Il est rare qu’on fasse les choses pour aller plus mal. Même nos mauvaises habitudes ont d’abord été entreprises dans le but de satisfaire un besoin, donc d’aller mieux. Imaginez le rayon « mal-être » d’une grande surface, qu’y trouverait-on ? Sûrement du tabac, de l’alcool, des drogues, des antidépresseurs, des sodas, du sucre, du fast-food, des disciplines extrêmes … Si vous faites l’analyse des raisons pour lesquelles les gens entreprennent de s’adonner à toutes ces choses, vous remarquerez l’absence quasi-totale d’une volonté d’aller plus mal.
La quête du bonheur est innée chez l’homme car c’est elle qui le pousse à évoluer. Lorsque je parle de bonheur je ne parle pas d’une euphorie momentanée, je parle d’une constante joie de vivre. Le problème survient lorsque l’homme confond plaisir éphémère, évasion (ou plutôt fuite de la réalité et des responsabilités), paresse, laisser-aller ou encore recherche de sensations fortes, avec bonheur.
L’esprit des Arts Martiaux enseigne que le bonheur ne s’achète pas, il se construit. D’autres vous diront qu’il se cultive, cela sous-entend qu’il faut en semer les graines. C’est une bataille de tous les instants que de devenir artisan de son bonheur. Cela requiert de la discipline, des efforts, des sacrifices, des responsabilités, de nombreuses vertus, le sens de la justesse, une pointe de spiritualité, un peu de « bon sens » et une bonne dose de sagesse.
Il y a donc « bien-être » et « bien-être ». L’un représente une notion de plaisir immédiat ; un moyen d’échapper durant quelques instants aux contraintes ou aux problèmes qu’occasionne la vie ; une activité ou une substance qui vient contrer les effets du stress, de l’inactivité ou d’un quelconque déséquilibre issu de notre mode d’existence ou de pensée. L’autre représente les effets du bonheur, c’est-à-dire les effets d’un travail permanent sur le Soi pour vivre en accord avec ce qu’on est, ce qu’on ressent de juste et de bon pour nous. Le premier, éphémère, atténuera quelques heures les effets de notre mal être. Le second émergera parce qu’on en aura éliminé les causes et sera ainsi durable dans le temps.
Mais pourquoi ce texte, me demanderez-vous ? Je vous répondrai qu’en tant que professeur d’Arts Martiaux Chinois, à chaque début de saison, de nombreuses personnes viennent m’interroger sur les disciplines que j’enseigne, rangées au rayon « bien-être » par la plupart des médias français. Ce que je leur propose correspond rarement à leurs attentes car, ce que ces gens veulent, c’est une baguette magique, une pilule miracle, qui fera disparaître leurs maux et viendra combler leurs besoins sans qu’ils n’aient trop d’efforts à fournir.
Pour vous donner un exemple concret, je vais prendre la phrase que j’entends le plus souvent au mois de septembre : « Je viens essayer le Tai Chi (j’ai rarement le terme Tai Chi Chuan en entier) parce qu’on m’a dit que c’était bon pour la santé ». Ok … Déjà, le « on m’a dit » suggère en moi que mon interlocuteur n’a pas pris la peine de se renseigner par lui-même sur la discipline qu’il est venu tester. Il vient sur des « on dit » qui, généralement, donnent une image erronée de ce qu’est le Tai Chi Chuan. Comme il n’a aucune idée de ce qu’il est venu faire, il se déresponsabilise en attribuant la raison de sa présence à un « on » qui lui a dit, en gros : « Vas-y, tu verras, c’est bon pour la santé ». Cette personne est donc prête à remettre sa santé entre les mains d’une personne qu’elle ne connaît pas, par le biais d’une discipline dont elle ne sait rien et à partir de quelques « on dit ». C’est dire l’importance du rôle que celle-ci se donne dans le processus de maintien de sa santé. Bon, bref, est-ce que les « on dit » l’ont bien conseillée ? Ça dépend, quel est le problème ? En quoi le Tai Chi est-il bon pour la santé ? Selon les mêmes « on dit », c’est parce « qu’on y bouge lentement en y respirant lentement ». Eh bien, j’ai envie de dire : « faites ça dans votre salon, vous économiserez de l’argent ». Mais je donne une chance à chacun et les invite à venir faire une séance d’essai, qui a pour objectif d’expliquer ce qu’il va falloir mettre en œuvre, pour que cet Art Martial qu’est le Tai Chi Chuan puisse effectivement jouer un rôle, dans l’amélioration ou le maintien de leur santé. Force est de constater que ce que je leur propose demande trop de travail, trop d’efforts, trop de temps. Des efforts sur une longue période de temps sont malheureusement les ingrédients nécessaires à toute construction solide, y compris celle de la santé.
Les Arts Martiaux Chinois ne font pas de la « bobologie », ce n’est pas leur fonction. Leur fonction est de transformer la nature humaine en la purifiant et en la renforçant. En ce sens, ils ne sont pas des disciplines de « bien-être » au sens léger du terme. Ils offrent un axe de travail sur Soi, une voie de perfectionnement. Leur pratique ne sera bénéfique et n’aura de sens que si elle vient accompagner une ferme volonté de changer tout ce qui nous empêche d’accéder au bonheur, que cela soit à l’intérieur ou à l’extérieur de nous-même. Les Arts Martiaux nous procurent un mode d’emploi de l’Art de la guerre que nous devons mener contre ce qui nous enferme dans notre malheur, encore faut-il avoir le courage de vouloir affronter nos démons ; les Arts Martiaux nous aident à nous renforcer et à nous construire, encore faut-il avoir le courage de fournir les efforts nécessaires pour y arriver ; les Arts Martiaux nous offrent une voie d’évolution, encore faut-il avoir le courage de la parcourir. Pour accéder au véritable bien être, celui qui découle du bonheur, il faut que la pratique des Arts Martiaux soit mise en parallèle avec une reconquête totale de notre être.
Rien ne sert d’aller faire des Arts Martiaux Chinois ou toute autre discipline énergétique pour notre « bien-être » si à côté de cela notre hygiène de vie est déplorable, si nous ne sommes pas prêts à renoncer aux mauvaises habitudes qui nous tirent vers le bas, si notre état d’esprit est sombre et que notre comportement à l’égard des autres est digne de celui du « dernier des connards », si nous vivons dans des contextes familiaux ou professionnels qui nous nuisent, si nous nous plaçons systématiquement en position de victime face aux épreuves de la vie et surtout, si nous nous déresponsabilisons de notre malheur…
Non, la voie du guerrier est pentue et avant « de se sentir bien » sur les hauteurs, il faut forcer pour s’extraire des profondeurs.

Brice AMIOT pour WUDE

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