Ce putain de train de 10h38


J’ai vécu un moment qui m’a bouleversé, j’ai choisi de ne pas le garder pour moi, en publiant un article sur le site d’Habitat et Citoyenneté, géré par le Réseau Arkhanim. Placer une copie de cet article sur le site du réseau, est-ce une bonne idée ?
Pour moi cela a du sens, ne serait-ce que celui de tester la possibilité de travailler, de gagner ma vie, tout en exprimant à haute voix, librement, mes passions et mes révoltes, espérant que je ne sois pas le seul à y succomber parfois. Cela « positionne » le réseau dans une dimension sociale et politique, c’est vrai. Tant mieux.
Après tout, la zone du dehors est là pour ça…

Pardon si certains sont choqués par quelques grossièretés que je n’ai pas retenues…

Je m’appelle François Creton et je suis la personne qui a créé le site internet d’Habitat et Citoyenneté.
Je ne sais pas si je peux me permettre d’utiliser ce site [NDA : cet article a été initialement rédigé sur le site d’H&C] et ses abonnés pour faire entendre ma voix ce matin, mais tant pis, j’ose.

Il m’arrive, rarement, à ma mesure, de donner des coups de main moins virtuels que la gestion du site, lors d’accompagnement de personnes par exemple.
Et ce matin je suis en larmes. Au moment où j’écris ces lignes, des larmes coulent sur mon clavier, c’est moins grave que les larmes de sang qui rougissent l’eau de la Méditerranée, mais elles sont liées, ces larmes de sang et les miennes.

Ce matin ce sont 4 personnes que je suis allées chercher non loin de chez moi, pour les emmener aux Arcs, là où je pensais que leur départ serait plus sécurisant.
Parmi ces 4 personnes, je ne suis certain que d’une chose : au moins deux d’entre eux sont des mineurs. Je déteste ce mot : des mineurs…
Ce sont des enfants, mineurs c’est pour la loi, pour les hommes ce sont des enfants.
Moi, je suis papa d’un garçon de 9 ans. Je lui présente un monde que j’espère doux, humain, solidaire, aimant…

Et qu’est-ce que j’ai fait ce matin ?
J’ai transporté des enfants, que j’ai abandonnés dans un train qui les emmenait vers Paris, espérant qu’ils arriveraient, seuls, sans parler la langue française ni anglaise, à trouver leur chemin. J’ai honte, absolument et incroyablement honte. Je me sens lâche…
J’ai eu l’impression d’abandonner mon enfant à moi, et à cet instant cela m’est insupportable.
[NDA : c

J’ai tenté d’expliquer cela au contrôleur, à ce […] de contrôleur de ce putain de train de la sncf de 10h38. J’espère qu’il se reconnaîtra, qu’il entendra parler de cet article que je rédige, ce contrôleur que je méprise. J’ai tenté de parler humanité, de parler d’entraide, de parler d’enfants qui peut être retrouveraient leur parent, leur famille, ne serait-ce qu’un ami. Et ce simili flic à casquette de la sncf m’a parlé de patates chaudes, je le cite, ce sont ses mots, de « patates chaudes » ! Il pensait au rapport qu’il lui faudrait peut-être écrire, à sa responsabilité pénale, là encore ce sont ses mots.

Que faut-il faire pour que cela change ?
Comment peut-on entendre ces politiques, ces policiers, ces contrôleurs, ces citoyens, tenir des discours insupportables et traiter ces réfugiés, ces enfants, ces parents, de « patates chaudes », sans réagir…
Je suis un pacifiste convaincu, un amoureux de la tendresse, j’aime la vie, le soleil, les arbres, la joie, j’aime voir les enfants courir et jouer, insouciants.
Et là je pleure.

Quel monde de merde.

FC@Arkhanim
FC@Arkhanim

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